Le RDC-PASS est-il inclusif ?

RDC-PASS : l’identité numérique doit être accessible à tous les citoyens

La République démocratique du Congo vient de lancer le RDC-PASS, son système national d’identité numérique

La République démocratique du Congo vient de lancer le RDC-PASS, son système national d’identité numérique. Présenté comme un identifiant numérique unique, personnel, sécurisé et gratuit, ce dispositif marque une étape importante dans la transformation numérique du pays.

Mais au-delà de l’annonce officielle, une question essentielle se pose : comment garantir que le RDC-PASS soit réellement accessible à tous les citoyens, y compris ceux qui vivent dans les zones rurales, enclavées, affectées par les conflits ou non couvertes par Internet ?

Une avancée importante pour la modernisation des services

Le RDC-PASS peut faciliter l’accès à plusieurs services publics, administratifs, financiers et numériques. Il peut permettre une meilleure vérification de l’identité, réduire certaines fraudes, simplifier les démarches et éviter que les citoyens répètent plusieurs fois les mêmes procédures d’identification.

Il est toutefois important de rappeler que le RDC-PASS ne remplace pas la carte nationale d’identité, le passeport, le permis ou les autres documents officiels. Il s’agit plutôt d’une infrastructure numérique permettant de vérifier et d’utiliser l’identité dans un environnement digital de confiance.

Le défi de l’inclusion numérique

Pour que le RDC-PASS réussisse, il ne doit pas seulement fonctionner dans les grandes villes ou pour les personnes déjà connectées. Il doit aussi prendre en compte les réalités des citoyens qui n’ont pas de smartphone, pas d’accès stable à Internet, pas de documents complets ou qui vivent loin des centres administratifs.

Dans certaines zones de la RDC, l’accès à Internet reste limité. L’électricité est instable. Les routes sont difficiles. Certaines populations sont déplacées à cause des conflits. D’autres ne maîtrisent pas les outils numériques ou ne comprennent pas encore les enjeux liés à la protection des données personnelles.

Si ces réalités ne sont pas prises en compte, le risque est de créer une nouvelle forme d’exclusion : une exclusion numérique autour même de l’identité.

Un RDC-PASS inclusif doit aller vers les citoyens, et non attendre seulement que les citoyens viennent vers lui.

Cela peut passer par des points d’enregistrement de proximité, des équipes mobiles, des campagnes d’information en langues locales, l’accompagnement des personnes âgées, des femmes, des déplacés internes, des personnes vivant avec handicap et des communautés éloignées.

Il est aussi important de prévoir des solutions adaptées aux zones où la connexion Internet est faible ou inexistante. Un système d’identité numérique ne doit pas dépendre uniquement de la disponibilité permanente d’Internet ou de la possession d’un smartphone.

La protection des données au centre du débat

Parler d’identité numérique, c’est aussi parler de données personnelles. Nom, photo, numéro d’identification, adresse, informations biométriques ou autres données sensibles doivent être protégés avec sérieux.

Les citoyens doivent comprendre quelles données sont collectées, pourquoi elles sont collectées, qui peut y accéder, pendant combien de temps elles sont conservées et quels recours existent en cas d’erreur ou d’abus.

La société civile a un rôle important à jouer dans l’accompagnement du RDC-PASS. Elle peut contribuer à informer les citoyens, vulgariser les enjeux, recueillir les préoccupations des communautés et formuler des recommandations pour un déploiement plus inclusif.

CENSWEB estime que l’identité numérique ne doit pas être seulement un projet technologique. Elle doit être un projet citoyen, fondé sur l’accessibilité, la transparence, la sécurité, la protection de la vie privée et le respect des droits numériques.